Grâce à La Rue Tourne on peut changer le regard que l’on porte sur les sans-abri

À huit ans et demi, Kahina, est notre plus jeune maraudeuse à La Rue Tourne. Du coup, à travers un court entretien réalisé sur un banc dans la cour de son école nous avons voulu partager avec vous son incroyable maturité, son sens du partage et son immense générosité.

Ça représente quoi pour toi la Solidarité ?
Je pense que c’est vraiment quelque chose d’important. Il faut aider les gens qui ne sont pas dans les mêmes conditions que nous, qui ont besoin d’aide ou de réconfort. Quand je vois des personnes aider des sans-abris je trouve toujours ça hyper touchant.

Qu’est ce qui t’a donné envie de tendre la main aux sans-abri ?
Quand j’observe ma vie, je me dis que je suis bien, j’ai tout ce qu’il me faut pour être heureuse. Ma maman fait tout ce qu’elle peut pour que je ne manque de rien du coup je trouve ça normal d’aider d’autres personnes qui n’ont pas eu ma chance.

Quand tu me dis que tu as tout ce qu’il faut, c’est quoi exactement ?
J’ai une maison avec du chauffage, à manger, de l’eau, un lit pour dormir… Je vis dans le confort.

Avant de faire partie de l’association La Rue Tourne, quel regard portais-tu sur les sans-abris ?
Je ne faisais pas beaucoup attention à eux. En fait, je les voyais mais je ne disais rien. J’aurais voulu leur donner quelque chose mais je n’avais rien sur moi.

Et depuis que tu fais partie de l’association, qu’est-ce qui a changé ?
J’ai compris que c’était des gens comme nous mais ils n’ont pas la chance d’avoir tout ce qu’ils devraient avoir. On est pareil en fait !

Que penses-tu des gens qui se disent en croisant un sans-abri qui fait la manche : « Oh mais, il pourrait aller travailler quand même ! Il a deux bras et deux jambes, il pourrait se bouger un peu au lieu de rester passif ! » ?
Je ne comprends pas les gens qui raisonnent comme ça. C’est pas parce qu’on a deux bras et deux jambes que notre vie est forcément géniale. Pour vivre heureux, il faut de l’attention, une famille ou des amis qui nous soutiennent, et aussi avoir un toit.

Penses-tu que la démarche de La Rue Tourne c’est quelque chose de nécessaire pour la société ?
Oui, parce que ça peut changer le regard des gens sur les sans-abri et c’est super bien de les aider. Ce que l’association leur apporte, ils ne peuvent pas le récupérer tout seuls.

Justement, est-ce que tu penses que c’est difficile de changer le regard des gens sur les sans-abri ?
Ça dépend des gens. Certains vont être plus sensibles mais y’a d’autres gens qui ont tellement tout dans leur vie, ils ont été tellement gâtés et ceux-là ne vont jamais changer leur regard. Je ne dis pas que c’est impossible, mais c’est plus difficile.

Tu penses que les gens qui n’ont pas connu de difficultés ou de galères dans leur vie ne peuvent pas être sensible à ce que vivent les sans-abri ?
Oui certaines personnes mais pas toutes.

Kahina, tu as déjà participé à quelques maraudes avec ta maman et d’autres bénévoles, quel est ton plus beau souvenir ?
Avant Noël, j’avais participé à une distribution de chocolats spéciale parce que ma classe avait fait des cartes avec des petits mots pour les accompagner. Pendant cette maraude, j’ai rencontré Marc, un sans-abri, qui nous avait expliqué que sa femme l’avait mis à la porte et quand il a lu la petite carte il a versé une petite larme. Il nous a dit que ça lui faisait penser à ses enfants qu’il n’avait pas vus depuis longtemps.

Tu en parles autour de toi des actions que tu entreprends ?
Oui, parfois à ma famille, mais pas trop à mes copines parce que je n’aime pas le comportement de certaines. Elles pensent que ce n’est pas très grave, que ce sont juste des SDF qui vivent dans la rue et c’est tout. Elles ne se sentent pas du tout concernées, elles disent que ce n’est pas leur problème. Et ça, ça m’énerve.

 

Propos recuillis par Amelle Zaïd