Perrine, des paroles et des actes

Nous sommes allés à la rencontre de Perrine, bénévole pour La Rue Tourne depuis le début. Elle nous raconte son histoire, son vécu et sa conception du bénévolat.

Du haut de ses 21 ans, Perrine fait partie de cette jeune génération très impliquée dans les questions sociétales. Avant de rejoindre l’aventure La Rue Tourne, cette étudiante en Master démographie était déjà dans une association qui traitait des mêmes problématiques liées au mal logement et aux sans-abris. « Je faisais déjà partie d’une asso mais ça ne fonctionnait plus trop bien. Et comme la Rue Tourne se lançait, j’ai foncé. En plus tout le monde est très cool et surtout, ce qui me plaît, c’est que l’approche est totalement différente », raconte-t-elle.
Elle a beau être toute jeune avec un visage innocent, Perrine dit tout haut ce qu’elle pense et ce que souvent certains ne disent que très bas. Cette étudiante a en effet des idées bien précises sur le monde du bénévolat. Ravie qu’il y ait beaucoup de grandes et petites structures, elle pointe toutefois du doigt quelques manquements chez ces « grandes ». « En général dans les associations, le schéma est le même : il y a le nécessiteux et le donneur. Alors que, pour moi, il doit y avoir beaucoup plus de relationnel », indique-t-elle.

Une seule philosophie, celle de la main tendue

Perrine en a marre de ce sentiment d’inégalité quand un sans-abri se retrouve face à un bénévole. « Pour moi, tout le monde doit être sur le même pied d’égalité », souligne celle qui applique la même philosophie que La Rue Tourne, celle de la main tendue. « C’est comme ça qu’on peut aider les gens dans le besoin. Il y a beaucoup de maraudes aujourd’hui. Beaucoup en font surtout sur Paris. C’est très bien, je les encourage à continuer. Mais il faut aussi s’arrêter et prendre le temps de discuter avec les sans-abri. C’est souvent ce qu’il manque dans les associations », détaille-t-elle.
L’an dernier, Perrine a fait connaissance avec Laurent. Cela faisait deux mois qu’il était à la rue. Et cette rencontre l’a beaucoup marquée, même si elle ne l’a rencontré qu’une seule fois. « Je me souviens qu’il était au bout du bout. Son histoire m’a marquée et je m’identifiais à lui », se souvient-elle. Une manière d’expliquer que cela peut arriver à tout le monde. Et c’est d’ailleurs ainsi qu’elle souhaite marquer les esprits. « L’objectif, ce n’est pas de recruter, c’est de toucher les esprits. Que l’aide soit tout simplement logique dans la tête de chacun. Afin que tout le monde se rende compte que ça n’arrive pas qu’aux autres », explique Perrine.
Preuve de son engagement, elle s’envole pour le Canada dans le cadre de ses études et sur place, elle compte bien continuer son combat en faveur de la Rue et des sans-abri. « Je vais tenter de faire le même boulot surtout qu’on sera en période de grand froid », détaille cette mordue d’haltérophilie à ses heures perdues. Comme l’actualité le montre chaque jour, l’entraide se fait à chaque coin de rue. Et pas seulement en bas de chez soi. « Si tout le monde le faisait, on n’aurait pas besoin d’être bénévole » conclut-elle.

Said El Abadi

Photo © Clem Sawyer