Nora : bien plus qu’une bénévole

Nora est bénévole pour la Rue Tourne. Elle détaille son job, ses envies, sa rue, ses amis les sans-abri. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à seulement 27 ans, elle en connaît un rayon sur le sujet. Rencontre avec cette mordue de générosité.

La vie est simple. Une rencontre, un regard, une discussion, des sourires et on devient amis. Cela arrive à tout le monde et tous les jours. Mais cela vous est-il déjà arrivé avec un sans-abri ? Nora, oui. À 27 ans, cette bénévole de La Rue Tourne, se plaît à faire connaissance avec la rue et ses habitants. Et pour elle, après six années de maraudes, le constat est on ne peut plus simple : « Les sans-abri, avec eux au moins tu peux être sûr qu’ils ne jouent pas et ne trichent pas ». Une façon d’expliquer à quel point, il est plus facile d’échanger avec un sans-abri qu’avec une personne qui se prétend « normale ». La normalité c’est d’ailleurs un thème qui revient souvent à la bouche de Nora lorsqu’on évoque son rôle. « Je trouve ça normal de les aider pour la simple et bonne raison que ce sont des êtres humains. C’est quelque chose que j’ai toujours pris plaisir à faire. Ma mère m’a inculqué l’entraide depuis toujours. Sans oublier que ça peut arriver à l’un de nos proches, voire à nous », détaille celle qui est prof d’anglais dans la vie de tous les jours.
Paradoxalement, Nora n’a peut-être jamais été affiliée à une association mais pourtant lorsqu’on échange avec elle, on voit qu’elle en connait un rayon sur le sujet. Peut-être parce qu’à la différence de ceux qui parlent trop, elle agit. Bien loin de se mettre en valeur, elle aime raconter avec passion les rencontres et les amitiés qu’elle a nouées avec différents sans-abri. Mais aussi les moments d’angoisse et de tristesse. « Il y avait “ Jean ” avec qui je prenais souvent un café mais qui, du jour au lendemain, n’a plus donné de nouvelles. C’est forcément triste car tu t’attaches », se remémore-t-elle les yeux brillants, sûrement submergée par l’émotion et les souvenirs. « Une fois, je travaillais au salon de la mode, j’étais en retard. Et j’ai croisé John, un ami sans-abri. Je me suis posée prendre un café avec lui et il m’a offert une barre de céréales en me disant “c’est un Rom qui me l’a donné. Je l’ai gardée pour toi ma fille” », se rappelle-t-elle aussi, toujours aussi nostalgique de ces moments uniques et privilégiés qu’elle a avec la rue.
En interrogeant Nora, on apprend un tas de choses. Les clichés que l’on peut avoir, éclatent en un instant. « Dans la rue, tu trouveras de tout. Des sans-papiers, des gens qui ont pété les plombs, des anciens professionnels. La rue, ce n’est pas l’image d’Epinal qu’on donne à nos enfants quand ils sont jeunes du sans-abri avec une bière et une clope à la main ». Et bim, prends-ça dans tes dents le cliché ! Et pour appuyer ses propos, Nora a des anecdotes. L’exemple le plus frappant est celui de Pete. Un sans-abri comme un autre. Sorti de la société, elle lui vient en aide, elle lui apporte du réconfort, de la joie, des rires. Pete a soixante-trois ans et a été victime d’un burn out. Pete était médecin. « Ça calme n’est-ce pas ? », sourit-elle.

« Tu ne signes jamais un CDI avec la rue. »

Cette expérience qu’elle engrange depuis qu’elle est bénévole lui apporte beaucoup dans la vie de tous les jours. « Je suis parfois fatiguée de tout, comme tout le monde alors je décide de sortir voir mes sans-abri. Et en discutant avec eux, ça me requinque. Ils sont vraiment généreux, touchants », s’émeut celle qui aime partager ses sentiments. « C’est ce que je fais comprendre à mes élèves. J’aime bien les sensibiliser et prendre des exemples comme ça. Le but n’est pas de leur faire peur bien au contraire, c’est de leur montrer que ces gens qu’ils croisent au bout de la rue, sur le trottoir, il ne faut pas en avoir peur ». Car pour elle, on ne s’intéresse pas vraiment à la rue.
Mais ce qui plaît à Nora, c’est qu’aujourd’hui de plus en plus de jeunes s’investissent. Et cela ne vient pas des grandes associations mais de leurs propres chefs, comme elle auparavant. « Il y en a beaucoup plus que ce que l’on croit. Il suffit d’aller sur Facebook, il y a plein de maraudes organisées par des bénévoles qui n’appartiennent pas à des associations et qui font ça par plaisir d’aider », explique-t-elle. Des opérations pour lesquelles elle milite car « les grandes associations sont trop nombreuses et n’opèrent pas de la bonne manière ».
L’objectif de la rayonnante Nora est clair aujourd’hui : continuer à aider les plus démunis et inculquer aux plus jeunes le plaisir d’aider, pour permettre à un maximum de sans-abri de sortir de la rue. Car comme elle aime le rappeler : « Tu ne signes jamais un CDI avec la rue. Et mieux vaut en sortir en reprenant sa place dans la société, que sur un brancard ».

Saïd El Abadi