Keita, des lendemains plus heureux ?

Parti du Sénégal pour « l’eldorado français », Keita a été rejoint par sa femme et sa fille. Six mois après son arrivée, il raconte son parcours tumultueux.

L’histoire de Keita est celle d’un jeune homme rempli d’ambitions et d’envie. Il a décidé de quitter sa situation et de se rendre en Europe car on lui a promis monts et merveilles. Mais aujourd’hui, sa réalité en est malheureusement tout autre.

Keita a 25 ans. Il est jeune, tout sourire et rempli d’envies et objectifs. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est arrivé en France. Et pourtant, ce n’était pas forcément dans ses objectifs. Cultivateur au Sénégal, c’est un ami qui lui a proposé de venir. « On m’a dit c’est bien la France, tu verras. Il y a du travail », après réflexion et venant juste de devenir père de famille, il a donc décidé de faire ses bagages et de rejoindre l’hexagone.

Seul… quelques temps

Après une organisation avec son ami, il parcourt le nord de l’Afrique (Bamako, Libye) puis arrive en Europe via Lampedusa (Italie). Il restera une semaine sur le sol italien avant d’arriver en France il y a un peu plus de six mois. « Au début, c’était très difficile car ce n’est pas comme au Sénégal. Personne ne te parle et en plus ma famille me manque », raconte Keita.

Mais il n’allait pas rester seul longtemps. Restées au pays, sa femme et sa fille Fanta vont être dans l’obligation de le rejoindre suite à une mésaventure familiale. La grand-mère de Keita, très traditionnelle, a décidé d’exciser la petite Fanta âgée d’un an et demi. Ni plus, ni moins, elles durent quitter leur village pour rejoindre la France.

Une dame bienveillante

« J’étais à la fois heureux mais inquiet. Ayant fait le même trajet, j’avais peur pour elles », a-t-il confié alors qu’il est resté pendant deux jours sans nouvelles. Une fois arrivée en Italie, sa femme l’appelle.

« J’étais tellement heureux et surtout rassuré », se souvient Keita.

Prises en charge par la Croix-Rouge, elles retrouveront leur chef de famille une semaine après à Paris.

Mais les larmes de joie laissent rapidement la place à l’inquiétude. Il faut trouver du travail, un foyer pour vivre « normalement » et pour que la petite Fanta puisse avoir un toit. Et c’est bien ça le plus difficile. Mais après deux semaines à dormir dans la rue, la chance allait sourire à Keita. Assis sur un banc avec sa femme et sa fille, une femme, la cinquantaine, s’arrêtait et s’entretenait avec Keita qui lui racontait son histoire. Prise par l’émotion, elle décida de les aider en leur trouvant foyers mais aussi un petit boulot pour lui. «Elle nous a aidés et nous aide encore », confie le jeune Sénégalais. Grâce à elle, ils ont pu trouver des foyers pour les héberger (Belleville, Vineuil, Villejuif, Hoche).

Aujourd’hui, ils habitent tous les trois dans un hôtel à Pantin. Grâce à la mobilisation de la Rue Tourne, une poussette, des vêtements et des jeux ont été récolté et/ou ont pu être acheté. Dans le même temps, Keita enchaîne les petits boulots dans le ménage et la manutention et gagne 10-20 euros. « C’est peu mais c’est déjà pas mal». Cela lui permet d’acheter le nécessaire pour Fanta, comme du lait et des gâteaux, mais aussi des cartes téléphoniques pour appeler les proches au Sénégal. Un bon début, en attendant des jours plus heureux.

Saïd El Abadi